Paul-Emmanuel Brassan – Designer, Motion Designer et Photographe « l’art existe, car la vie n’en vaut pas la peine »

À 25 ans, Paul Emmanuel est à la fois designer, motion designer et photographe en freelance. Le jeune homme d’origine martiniquaise possède tout un univers poétique et nostalgique qui engendre toutes sortes d’émotions dès lors que vous posez les yeux sur ses travaux.

Bonjour Paul-Emmanuel peux-tu te présenter ?

Je suis Paul-Emmanuel Brassan, j’ai récemment eu 25 ans. Je suis à mon compte dans le domaine de la photographie, du design et du motion design.

Tu as plusieurs cordes à ton arc, tu es designer, motion designer et photographe ? Peux-tu nous présenter ton parcours ?

Déjà, j’ai fait une filière au lycée qui n’était pas du tout artistique. J’ai passé un bac STI2D, avec une concentration “architecture”. Après mon bac, j’ai décidé de partir à Montréal pour étudier. J’ai commencé en arts plastiques donc ce n’était pas encore proche du design, mais j’ai vu toutes les bases concernant les couleurs, la peinture et le dessin. Mais je me suis vite rendu compte, qu’avoir un diplôme en « art » n’avait pas vraiment de sens pour moi, car c’est un terme trop vaste. J’ai donc quitté ce programme pour aller en design graphique dans la petite ville de Gatineau près d’Ottawa. Trois ans plus tard, j’ai obtenu mon diplôme en design graphique en 2018.

La photo a commencé quand j’ai acheté mon premier reflex en 2014. Mais je ne l’utilisais quasiment jamais. J’ai acheté mon appareil, car j’étais à Montréal, une grosse ville et je me suis dit que ça pourrait être cool de faire des photos. Ce n’est qu’en 2016, lorsque j’ai commencé à voyager un petit peu, par exemple à New York ou encore à travers le Québec et le Canada, que j’ai commencé à prendre quelques photos surtout l’été.

En 2017, je suis rentrée en Martinique et un ami qui faisait de la photo depuis très longtemps qui m’a expliqué, lors d’une sortie à la plage, comment fonctionnait mon appareil. Et c’est à partir de ce moment-là que j’ai vraiment compris mon appareil. Avant ça, j’étais tout le temps en mode automatique. Il m’a expliqué la base, qui est que plus ton ouverture est grande, plus ton flou d’arrière-plan sera important et vice-versa. C’est avec ce conseil que la photographie a commencé pour moi.

Est-ce que c’est le voyage et l’opportunité de voir d’autres paysages qui t’ont donné l’envi de te lancer dans la photographie ?

Exactement, c’est quand j’ai commencé à bouger que je me suis dit qu’il serait bien d’immortaliser mes voyages. À cette période-là Instagram commençait également à buzzer au niveau de la photographie, du coup je me suis lancé.

Tu partages ton contenu principalement sur Instagram pourquoi avoir choisi cette plateforme ?

De base, j’étais déjà sur Instagram, mais avec un profil axé sur l’illustration et le design. Mais une fois que je me suis intéressé à la photographie, j’ai supprimé tous mes anciens postes afin de laisser place à la photo. En décembre 2017, j’ai acheté mon appareil que j’ai actuellement qui est un Sony A7R2, et là je me suis réellement documenté sur la photographie. En 2018, j’ai gradué et après ça, je suis rentré en Martinique, car j’avais trouvé un poste de directeur artistique. Cet été-là j’ai réalisé mes premiers shoots.

Comment as-tu découvert ta passion pour la motion design ?

Avant de vouloir aller en design, j’ai voulu faire du cinéma d’animation, donc avec de la 3D, etc. J’ai fait beaucoup de dessin, de la bande dessinée, du cartoon, du graffiti. Je suivais des cours en Martinique. Je me prédestinais vraiment à aller en animation 3D sauf que quand je me suis inscrit en école en MANA, j’ai eu un peu peur, car j’ai cru qu’il fallait vraiment être calé en dessin pour faire de la 3d. Chose fausse, mais c’est le ressenti que j’ai eu. Donc je me suis dit, qu’il faudrait peut-être que j’aille dans ce domaine, mais pas en animation ni quelque chose de trop du type “dessin” et le design graphique matchait parfaitement avec ces paramètres-là.

Donc oui, c’est de l’art, mais c’est très assisté par l’ordinateur, tu n’as pas forcément besoin de beaucoup dessiner, même si cela reste un atout. Étant intéressé par le cinéma d’animation, j’ai commencé le design graphique et par la suite la motion design. Et j’ai un peu retrouvé mon premier amour de l’animation à travers le design, car il s’agissait d’animation graphique.

« J’ai été poussé vers cette voix, mais cela a bien fonctionné »

Est-ce que la photographie t’est venue aussi naturellement comme une suite logique ?

Pas vraiment, j’ai été un peu contraint. J’ai eu certains accrochages dans le milieu de l’illustration. À l’époque, un style avec beaucoup de texture émergeait et du coup mes illustrations et celles d’un bon ami se ressemblaient beaucoup. Du coup, j’ai arrêté l’illustration et je suis passé à autre chose avec le montage photo. Donc j’ai été contraint par une envie de renouveau créatif. J’ai voulu trouver une autre voie pour évoluer créativement et m’éloigner de l’illustration. J’ai été poussé vers cette voix, mais cela a bien fonctionné.

Tu as deux pages Instagram @Paulemm.b et @Somethingmorepersonal pourquoi ?

Somethingmorepersonal a été créé, car j’ai toujours douté artistiquement. Je suis quelqu’un qui se remet beaucoup en question vis-à-vis de mon public. Je me suis toujours demandé “mais qu’est-ce qui fonctionne le mieux, un feed uni, déconstruit?”. J’étais tellement tiraillé, que j’ai décidé de faire les deux. Paulemm.b et Somethingmorepersonal, mon compte avec un feed uni. J’aime bien avoir beaucoup de couleurs, car c’est une grosse sensibilité que j’ai.

Tes clichés inspirent tous une certaine nostalgie et poésie, d’où te viens ton inspiration pour cette ambiance ?

Je suis quelqu’un qui a un peu un syndrome de l’âge d’or. J’ai toujours pensé que j’étais né un peu trop tard. Depuis petit, j’ai toujours trouvé que la vie était trop compliquée. J’aime beaucoup ce concept de “l’avant” même si je n’y ai jamais vécu. Cette nostalgie et poésie représentent le fait que je suis une personne sensible. C’est surtout que j’aime beaucoup la poésie, le romantisme. Dans le même concept, à travers mes photos j’aime faire ressentir quelque chose, au-delà de la simple beauté d’un cliché. J’aime qu’il y ait un feeling. La photo peut ne pas être exceptionnelle, comme une ombre par exemple, mais si elle parle aux gens, et leur fait ressentir quelque chose j’ai atteint mon but.

Comment considères-tu un cliché comme réussi ?

Une belle photo, de mon point de vue, il faut que ce soit un sujet en mouvement, quelque chose qui suggère une émotion. Au lieu de me concentrer sur le cliché parfait ou la pose parfaite, je me concentre plus sur l’instant et le moment parfait. Et c’est ça pour moi une bonne photo. Au-delà des couleurs, une photo peut être complètement floue, je peux la trouver très réussie, de la même façon que quelque chose peut être ultra net, bien posé et je vais trouver ça moche.

En parlant de ton processus créatif, pourquoi photographier une majorité de femmes ? Comment te vient l’idée de les photographier ?

Mon processus créatif est plutôt organique. Je ne réfléchis pas trop. Je choisis des filles, car c’est elles qui m’inspirent le plus tout simplement. Je ne sais pas vraiment pourquoi en soi. Dès fois, je passe à un endroit et je me dis “oh là ça ferait une superbe photo” et du coup, je contacte quelqu’un ou je regarde les personnes qui m’ont déjà contacté et je leur explique ma vision. Sachant qu’il y a des choses qui vont plus avec certaines personnes que d’autres. Mais tout reste organique, il faut déjà que le modèle et moi, nous entendions bien et c’est de là que viendra l’envie de faire des photos. Si ça matche, je dirais simplement à la personne “tu aimerais aller à un endroit donné” et là, on va faire des photos.

Il y a-t-il une différence dans ton processus créatif en fonction du pays où tu réalises tes shoots ? Entre Montréal, la Martinique et Paris ?

Ouais carrément. La Martinique, je trouve que question nostalgie, question lumière, couleurs, c’est juste le MUST. L’île est déjà tellement belle en plus du fait que la lumière en Martinique est excellente. J’essaye toujours de mettre en avant une zone de lumière très marquée. C’est véritablement ma signature. Donc en Martinique déjà ce que j’aime, c’est beaucoup l’extérieur, car en réalité, je n’aime pas beaucoup le studio. À mes yeux en Martinique, on peut prendre des photos partout en extérieur.

Pour Paris, j’aime tout simplement le romantisme de la ville. Il y a une essence dans la ville qu’il n’y a nulle part ailleurs. Je ne sais pas si c’est à cause de la culture omniprésente, ou l’architecture que j’aime beaucoup, mais j’adore tout simplement la ville.

Pour Montréal, je suis un peu contraint, car j’y suis actuellement basé. J’essaye donc de trouver un équilibre. Mais ça reste assez compliqué, car c’est la ville où je me suis le moins retrouvé, c’est très urbain donc ça correspond moins à ma sensibilité. De plus culturellement, et au niveau du romantisme, l’essence est moins présente.

La nature et la culture sont donc très importantes dans tes photos, est-ce que cela vient de tes origines martiniquaises ? 

Oui, j’ai toujours aimé les histoires, les contes, les mythes. Je suis donc très inspiré par tout ça. Il y a comme une espèce de magie en Martinique et c’est ça qui fait que je suis plus attiré par ces deux aspects. La culture m’inspire beaucoup dans les clichés, car je me pose souvent la question “est-ce que ce cette photo pourrait-être dans un film”. 

Dans quelle ville rêverais-tu de faire un shoot ?

Paris, même si j’y suis déjà allé, cette ville reste ma préférée. Je rêve tout particulièrement de faire un shoot sur les toits de Paris. 

Quel est ton photoshoot préféré à ce jour ?

Honnêtement, je dirais que dans chaque endroit, j’ai une photo préférée. C’est vraiment compliqué de choisir. Mais je dirais que c’est le shoot que j’ai réalisé avec Maeva en Martinique. On a fait un shoot sur la plage du Diamant. 

Après, il y a aussi la première photo que j’ai faite qui était pour moi réellement réussi, il s’agit d’une photo de mon amie Olivia qui a été mon premier modèle en Martinique. C’est une photo que l’on a faite à la rivière. C’était un cliché réalisé de façon spontanée, car je ne m’attendais pas du tout à avoir ce rendu. C’est à partir de cette photo que j’ai décidé de me lancer réellement dans la photographie.

Donc quel est ton combo parfait, artistiquement parlant ? 

Je préfère le côté spontané. Comme je disais, c’est toujours la transmission de l’émotion qui m’importe. C’est tout ce que je retrouve en Martinique et des fois, je me dis que je me suis peut-être intéressé à la photographie trop tard, car j’ai vécu tellement de choses sur mon île que je regrette de ne pas avoir capturé tous ces moments.

J’aime tout ce qui est sur le tas, mais c’est avec le temps que j’ai découvert cela. Mes inspirations ont changé, j’ai commencé à m’affirmer en tant qu’artiste et je suis bien plus tranché qu’avant. Pour tout te dire, je n’utilise même pas de flash, car je veux vraiment que ce soit naturel.

« J’aime être un électron libre et faire ce que j’ai envie »

Aujourd’hui, vis-tu de ton art ?

Alors je vis un petit peu de tout. C’est toujours des circonstances hasardeuses qui font que je travaille. Je suis retourné à Montréal en été 2019 après avoir fait un an en Martinique où j’ai vraiment exploré la photo. À mon retour, j’ai vécu de mes économies, ensuite j’ai un ami qui m’a proposé du travail pendant une période et après ça il y a du monde qui est venu au fur et à mesure.

Aujourd’hui, je vis du design et de la photo. Là, je suis photographe commercial pour une concession automobile. C’est très différent de ce que je fais d’habitude, mais c’est ce qui me rapporte de l’argent donc je l’accepte. C’est du studio, des autos donc pas du tout des modèles vivants. Je travaille également pour une start-up à Marseille et des PME. Je vis un peu de tout et c’est ce que j’aime.

Peux-tu partager avec nous un endroit, une personne et une citation qui m’inspirent ?

Un endroit qui m’inspire, c’est la Martinique, c’est là où j’ai appris toutes mes bases, c’est mon enfance, c’est là où je me suis construit et surtout les couleurs. Mon amour des couleurs est indirectement venue de là. Le fait que la nature soit aussi florissante.

Une personne qui m’inspire est, sans hésitation, André Josselin. Il est mon inspiration numéro une pour mon côté nostalgique. Pour mon compte somethingmorepersonal, c’est plus Garrett King qui m’inspire. C’est un photographe de toutes situations qui m’impressionne, car rien ne lui résiste, peu importe ce qui est devant l’objectif.

Pour la citation : l’art existe, car la vie n’en vaut pas la peine. Aujourd’hui, on est très concentré sur les choses qui sont négatives, par exemple, je ne regarde jamais les infos pour cette raison. L’humanité n’a pas évolué dans le bon sens à mes yeux. On déconstruit tout, on détruit tout alors qu’on a créé des choses magnifiques notamment avec l’architecture, la musique, la photographie. Pour moi, il faudrait se concentrer sur la beauté du monde, la beauté des choses.

Qu’est ce qui te fait “feel good” toi, Paul-Emmanuel ?

Ce qui me fait me sentir bien dans la vie, c’est de me sentir libre. Je déteste le principe de se réveiller à 7 h pour aller bosser à 9 h en prenant un métro bondé. J’aime le lundi matin, ouvrir mon ordi et me dire que je travaille de chez moi sans me mettre la pression. J’aime la liberté professionnelle, j’aime être un électron libre et faire ce que j’ai envie.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter de bon pour les prochains mois qui viennent ?

Ce qu’on peut me souhaiter pour la suite, c’est de continuer à être mon propre patron.

Léonie Vignocan

N’hésitez pas à soutenir Paul-Emmanuel sur @Paulemm.b et @Somethingmorepersonal mais également sur son Behance.

Par souci d’inclusivité nous utilisons le pronom iels prenant en compte tous les genres.

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