Véronique Charlosse, Sweetv97Deisgn — Graphiste & Illustratrice « l’illustration est un vrai métier et pas juste une passion »

Cela fait maintenant 4 ans que Véronique Charlosse, connue sous le nom de Sweetv97design, s’est lancée pleinement dans sa passion : l’illustration et le graphisme. Au travers de son art, elle met en avant la Femme noire dans toute sa complexité, mais elle se bat également pour la transmission de l’héritage qu’est le Créole. Entrez dans son univers fin et coloré.

Bonjour Véronique peux-tu te présenter ?

Alors je suis Véronique Charlosse, mais je suis plus connue sur les réseaux sous le nom de Sweetvdesign. Je suis originaire de Guadeloupe et ça fait 4 ans maintenant que j’ai commencé dans le domaine du graphisme et de l’illustration. Ce métier est vraiment une passion, j’ai toujours voulu faire ça depuis toute petite.

Tu es passé par plusieurs phases avant l’illustration et le graphisme. Aide à la personne, bac pro en comptabilité, BEP mode et industries connexes. Quel fut le Déclic pour que tu suives ta passion?

Mon parcours  scolaire n’a pas toujours orienté dans ce sens effectivement. Quand je suis rentrée en formation au Régiment du Service Militaire Adapté à La Jaille, en Guadeloupe, j’ai eu une Caporal cheffe qui a fait un tour de table en nous demandant ce qu’on aurait vraiment aimé faire dans la vie. Je lui ai répondu justement de l’illustration et du graphisme et elle m’a répondu “qu’est-ce-que tu attends ? Tu as des possibilités, si tu as des rêves il faut les accomplir”. En sortant du camp je n’ai pas immédiatement pris ses conseils à la lettre, je me suis orientée vers l’aide à la personne en tant qu’auxiliaire de vie. Mais ça ne me correspondait pas spécialement donc j’ai cherché une formation en Guadeloupe. Je me suis lancée et j’ai passé le test chez Concept X formation et je me suis lancée dans l’aventure qu’est l’illustration.

Lorsque je commence à illustrer, c’est souvent suite à un déclic

Sur ton site on peut lire la phrase “Drawing is a tool to tell” (le dessin est un outil pour communiquer). Comment représentes-tu ta vision du monde dans tes illustrations ?

Lorsque je commence à illustrer, c’est souvent suite à un déclic. Par exemple, ces derniers soirs, j’ai eu une idée j’ai laissé court à mon imagination et ça a été important pour moi de poser tout ça sur papier. Pour moi le dessin, c’est mettre sur papier le fruit de notre imagination, c’est rêver en faisant rêver les gens par la même occasion.

Illustration par Sweetv97design

Lorsque tu dessines d’imagination, est-ce que tu te projettes une image exacte ce que tu veux voir sur le papier ou laisses-tu ta créativité te guider au fil de la progression de ton dessin ?

En général, lorsque je dessine pour moi oui, j’ai une idée et je vais l’agrémenter. Là par exemple j’ai eu une idée avec le confinement et le coronavirus. On dit qu’il ne faut pas oublier de s’exposer au soleil pour faire le plein de vitamine D. Donc j’ai eu l’idée de comparer ce conseil aux iguanes qui s’exposent au soleil pour faire le plein d’énergie. Donc à partir de là, j’ai commencé mes recherches. J’ai voulu en connaître plus, sur leurs postures par exemples pour bien agrémenter l’illustration et qu’elle soit bien lisible. Mais lorsqu’il s’agit d’une commande, j’ai très peu de marges de manoeuvre car le client me dit exactement ce qu’il veut.

Peux-tu m’expliquer les étapes de ton travail en tant que travailleuse en Free-lance?

Déjà j’ai plusieurs types de clients. Je travaille avec une boîte audiovisuelle avec qui je fais des petites animations en motion design pour des événements, pour la communication de collectivités aussi. Il y a également des clients venant de l’édition jeunesse, ce sont des auteurs/autrices ou des maisons d’éditions qui font appel à moi pour illustrer leurs livres, leurs BD etc.
Enfin, il y a des particuliers qui vont me contacter pour des petits cartoons. Dernièrement j’ai eu un couple de clients qui a voulu que je réalise, leur faire-part de mariage avec une petite histoire. Les collectivités aussi me contactent pour des projets, par exemple des livres de coloriage, un jeu de cartes.
En ce qui concerne les étapes. Par exemple pour la collectivité, ils m’envoient leurs cahiers des charges, je réalise un devis et on continue avec un bon de commande. Une fois que j’ai le bon de commande, je démarre. Je commence par crayonner j’alterne entre la tablette et le papier. Après cela il faut valider les crayonnés, l’encrage, la colorisation. Des fois je suis également en charge de la pagination et de la mise en pages. Je peux également réaliser les couvertures.

Peux-tu parler de tes techniques traditionnelles de prédilection ?

J’hésite, car j’aime beaucoup le papier, mais que pour la partie crayonnage. J’ai du mal à apprécier un dessin coloré sur papier. Du coup, j’aime beaucoup la tablette graphique pour cette étape. Auparavant, j’utilisais photoshop mais depuis que j’ai découvert l’Ipad avec Procreate, je préfère cet outil.

Comment peut-on reconnaître ta patte dans tes illustrations ?

Mon univers ressemble un peu à tout ce qui rassemble l’univers Disney et Pixar, car c’est quelque chose j’apprécie beaucoup. J’ai de l’admiration pour les artistes qui réalisent ces dessins animés. Selon les confrères et consœurs, on peut reconnaître facilement mon travail. L’un.e d’entre e.lle.ux, m’a parlé du fait que mes traits sont très doux, que mes dessins sont très colorés. Les thèmes que j’aborde également sont récurrents.

Tes illustrations sur Instagram présentent les femmes noires sous toutes les formes, couleurs, dans toute leur complexité. Qu’est-ce qui rend ces femmes si inspirantes ?

Déjà le fait qu’elles soient noires, qu’elles assument leurs cheveux, leurs peaux, qu’elles soient tout simplement elles-mêmes. J’aime que les femmes noires soient sans filtres et qu’elles n’aient pas peur de montrer qui elles sont.

As-tu directement commencé à dessiné des femmes noires ou est-ce arrivé au fil de ton développement artistique ?

Oui j’ai tout de suite commencé à dessiné des femmes noires. Je me souviens, j’avais commencé avec un Galaxy Note et je m’amusais à reproduire des dessins, mais il s’agissait toujours de femmes noires. Il y avait des dessins avec des personnages caucasiens et je m’amusais justement à les faire en personnages noirs. 
Dans notre société, on a tendance à faire l’inverse, on a des modèl.e.s noir.e.s et on les blanchit donc je me suis amusée à faire le contraire.

En quoi la représentation des femmes noires est-elle importante dans le milieu de l’illustration et du graphisme ?

Je dirais que c’est le même problème que dans n’importe quel autre milieu artistique. Même dans les Disney, il est encore rare de voir un personnage noir en tant que protagoniste. Je me dis que c’est important que les enfants aient des représentations de personnes qui leur ressemblent, afin qu’ils puissent de se dire qu’ils sont capables d’accomplir leurs rêves, et d’avoir des passions. Il ne faut pas qu’on ait peur de nous représenter en tant que héros et héroïnes. C’est important pour les nouvelles générations. Nous, la génération 90, on n’a pas trop eu cette représentation justement. 

Le Créole est une très belle langue et il ne faut pas en avoir honte, il faut la cultiver et la transmettre

Tu fais également ce travail de représentation avec le créole. Tu  as sorti un livre intitulé Tanély é tibèt a jaden-la. (Tanély et les petites bêtes du jardin) Un livre pour les enfants de 3 à 6 ans mettant en avant la langue créole (guadeloupéen). Pourquoi est-il important de transmettre cet héritage à travers un livre illustré ?

Je trouve que nous avons trop tendance à mettre en avant le Français au détriment du Créole. On a tendance à trop penser que le Créole “Sé an bitin pou moun sauvag, moun bwa” (C’est quelque chose pour les personnes sauvages, venant des bois) donc quelque chose que les gens sauvages alors que pas du tout. C’est une très belle langue et il ne faut pas en avoir honte, il faut la cultiver et la transmettre aux tout petits. Cette une langue qui a tendance à se perdre car inconsciemment on francise le Créole, à vouloir traduire notre Créole au Français et certains mots se perdent. C’est pour cela que j’ai voulu que ce soit vraiment du Créole ancien dans mon livre et non du créole contemporain. Il faut que les gens prennent conscience de l’importance de la transmission. Le livre met en scène une grand-mère et sa petite fille, pour bien illustrer la transmission entre les générations et qu’il ne faut pas oublier nos racines. On ne sait pas où on va si on commence à perdre ce qui fait de nous des créoles. 

Tanély é Tibet a jaden-la de Véronique Charlosse

Pour pratiquer ton métier, quel talent ou qualité faut-il posséder ?

Déjà, je dirais que le graphisme et l’illustration sont deux choses différentes. Ce sont pas tous les graphistes qui savent dessiner et ce ne sont pas tous les illustrateurs qui ont la partie graphisme, mise en page etc.
Pour l’illustration, il ne faut pas avoir peur de rêver et de laisser parler ce qu’il y a au fond de nous. L’illustration doit faire rêver les gens, en laissant parler son imagination.
Pour le graphisme, je dirais toujours chercher à se réinventer, à aller piocher des idées, se documenter et surtout être curieux.se. Il faut lire, voyager et si on n’a pas les moyens : lire des livres qui nous font voyager. Et justement après tout ça servira pour l’illustration.

Que préfères-tu faire dans ton métier ?

Il y a plusieurs choses. Par exemple quand un.e auteur/autrice me parle de son projet, pendant même qu’iel m’en parle, j’ai des flashs, des idées qui me viennent. J’adore cette partie-là parce qu’à ce moment-là, je m’immerge dans le projet.
J’aime beaucoup la création de personnages, car là aussi, il faut se documenter et c’est également une façon de voyager, d’apprendre des choses. Par exemple, j’ai dû faire un projet sur la mangrove. J’ai dû faire des recherches sur cet écosystème, aller sur les lieux, prendre des photos et j’ai appris beaucoup de choses.

La plus grande difficulté aux Antilles est de faire comprendre que l’illustration est un vrai métier et pas juste une passion

Quelles sont les difficultés éventuelles que tu rencontres ?

Là, par exemple en cette période, les gens ne sont pas forcément tournés vers l’illustration. C’est donc une saison creuse, je n’aurais pas trop de commande. C’est surtout après les fêtes, du coup, il faut prévoir des stratégies, soit en proposant des prix ou en participant à des ateliers, etc. Mais la plus grande difficulté aux Antilles est de faire comprendre que l’illustration est un vrai métier et pas juste une passion, un loisir. Dans notre société, les métiers artistiques ont parfois du mal à se faire respecter comme tels. Si tu n’es pas fonctionnaire, les gens ont une vision de toi un peu marginale. 

Si tu devais choisir parmi une de tes illustrations préférées, ce serait laquelle ?

Je dirais le projet : Compère lapin et les touloulous avec la conteuse guadeloupéenne, Kristelle Apatout. Elle m’a contactée, car elle souhaitait produire son projet en auto-édition.En ce qui concerne l’illustration, c’est compliqué, car il y en a beaucoup et je les aime toutes.

Peux-tu partager avec nous un endroit, une personne et une citation qui t’inspirent ?

Un endroit qui m’inspire, ça serait la rivière moustique à Goyave. J’ai découvert cet endroit l’année dernière en faisant une randonnée. J’ai pu renouer avec la nature.
Pour la citation, ma mère dit souvent “Sa ki en tet’ aw pa en pié aw” ce qui veut dire qu’il faut foncer, suivre ses idées.
Je vais donner trois personnes, trois étoiles. Dans un premier temps, ma mère pour sa combativité et sa détermination. Ensuite, j’admire l’artiste Janelle Monáe, j’adore ce qu’elle fait que ce soit en tant que chanteuse ou en tant qu’actrice. Et enfin, Edith Lefel, c’était une artiste incroyable qui savait transmettre l’émotion avec ses chansons. J’adore particulièrement la chanson La Sirène, les paroles sont très tristes, mais musicalement, on ne s’en rend pas compte.

Qu’est ce qui te fait “feel good” toi ?

La musique me fait feel good, la nature et manger de bonnes choses. Quand je dis la musique, c’est dans sa globalité, ça peut être du zouk rétro, du reggae, du dancehall ou même de l’afrobeat… Enfin surtout de l’afrobeat.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter de bon pour les prochains mois qui viennent ?

Ce que j’aurais souhaité pas forcément que pour moi, mais pour tout le monde, c’est de la protection et surtout de l’amour. Que les gens prennent conscience que la vie est précieuse qu’il faut la vivre pleinement. Surtout dans cette période de Coronavirus. Si on a la santé, on a toutes les possibilités devant nous.

Léonie Vignocan

Retrouvez le travail de Véronique sur son site web ainsi que sur sa page instagram.

Par souci d’inclusivité nous utilisons le pronom iels prenant en compte tous les genres.

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