Annabelle Rollé Clamagirand—Danseuse professionnelle « La danse permet de s’élever spirituellement »

À 23 ans, Annabelle Rollé Clamagirand étudie dans l’une des écoles de danse la plus renommée au monde. Désormais basée à New York, la danseuse professionnelle est un réel exemple de rigueur et de ténacité. Découvrez cette jeune femme passionnée et son parcours.

Quand as-tu compris que la danse n’était pas qu’une passion, mais que tu voulais aussi en faire ton métier ?

Lorsque j’ai eu 17 ans et que j’ai passé mon bac, je ne me voyais pas faire autre chose que de la danse, je n’arrivais pas à me visualiser dans quelque chose d’autre, j’avais juste envie de danser. Donc certes, j’avais un plan B comme tout le monde pour que mes parents surtout ma mère soient rassurés, mais la danse était vraiment mon plan A. Je suis donc partie faire un stage de danse à Cannes pendant des grandes vacances car je n’avais pas eu le temps de passer des auditions. Lors de ce stage, j’ai été repérée par une professeur qui s’appelle Magali Verin et qui travaille à l’école Rick Odoms.

Tu effectues tes études dans la prestigieuse école Alvin Ailey School of Danse Theater. Comment ton audition s’est-elle passée ?

Après ce stage, j’ai intégré l’école Rick Odoms à Paris pendant trois ans. L’Alvin Ailey School est venue donner un stage lors de ma deuxième année et j’ai pu y participer. Malheureusement, à cause d’une blessure, je n’ai pas pu participer à l’audition qui se faisait à la fin du stage. Cependant, j’étais très motivée pour entrer dans cette école que j’avais déjà repérée en 2012. Lors de ma dernière année à Rick Odoms je suis partie à New York avec Olivia une amie martiniquaise afin de passer une audition à Alvin Ailey. Nous avons réussi toutes les deux et nous avons fait notre rentrée toutes les deux, l’année d’après.

« Mon corps et mon mental étaient prêts pour New-York »

Comment ta transition entre ton île, Paris et ensuite vers la “Grosse Pomme” s’est-elle faite ?

Je suis très contente d’être passée par Paris parce que je pense que cela aurait été un choc trop difficile pour moi de passer de la Guadeloupe à directement New York. À Paris, j’étais dans de très bonnes conditions, j’avais des disciplines obligatoires à Rick Odoms qui m’ont permis d’être prise à Alvin Ailey. La transition s’est très bien faite, mon corps et mon mental étaient prêts pour New-York. Ma mère m’a aussi beaucoup motivée et m’a prévenue que “ce serait la jungle là-bas” donc de ne vraiment ne pas négliger le mental.

Annabelle Rollé Clamagirand — Danseuse professionnelle

Quelle est la plus grande différence entre ton apprentissage à Paris et celui à New-York ?

Pour moi cela a été complémentaire. Paris m’a véritablement préparée à New York. Paris représentait plus un petit cocon familial avec de la compétition, mais cela restait entre amis. New York est déjà une ville plus grande, il y a la barrière de la langue sachant qu’en arrivant, je ne savais pas du tout parler anglais. Dans l’école où je suis, on utilise la technique Horton qui est beaucoup plus approfondie qu’à Paris donc je dirais que c’est ce qui diffère le plus.

Peux-tu nous expliquer comment cette technique Horton est plus présente à New York ? 

Alors déjà, pour un peu mieux expliquer, on peut avoir des chorégraphies avec des éléments de la technique Horton et si on connaît cette technique, on pourra reconnaître ces éléments. Mais sinon, c’est plus quelque chose que l’on voit en cours. Dans la vie de tous les jours, ce que les Américains veulent voir c’est surtout de la technique avec beaucoup de jambes qui montent et beaucoup de souplesse. À Paris on verra plus de contemporain, plus de sol. Mais pour voir du Horton dans une chorégraphie, il faut vraiment connaître les éléments techniques.

Dans quel style de danse te sens-tu le plus épanouie ? 

C’est dur, car là aussi, tout est complémentaire. C’est-à-dire que j’adore le classique car cela apporte la grâce et la souplesse, le Horton va apporter la rigueur. Je n’ai pas de préférence entre le classique, le Horton ou le contemporain. À l’école on a tous ces styles avec également le Graham qui est une autre technique.

La danse permet de s’élever spirituellement

Que représente la danse pour toi ?

Ce sont plusieurs choses. Il s’agit d’un exutoire certes, mais c’est également un moyen d’expression pour exprimer son opinion, raconter une histoire, pour extérioriser ses sentiments notamment la colère, sa tristesse et sa joie. Mais la danse permet également de s’élever spirituellement parlant. Il faut être capable d’un certain lâcher prise et il faut savoir allier la coordination, la respiration, la musique, l’espace et le mouvement.

Est-ce que la danse t’a rapproché de ton côté spirituel ? 

Ce n’est pas la danse qui m’a aidée, mais j’essaye en tout cas de mettre de la spiritualité dans ma danse. C’est dur de pouvoir tout allier en même temps, la technique et le lâcher prise, mais ça vient m’aider à compléter mon évolution artistique et créer un tout.

Qu’apprécies-tu le plus dans la danse ? 

Encore une fois, je dirais que c’est un tout. J’aime apprendre une chorégraphie et la retranscrire en ajoutant ma touche personnelle. J’adore le fait que l’on puisse me coacher. J’adore le côté technique de la danse, mais également le côté artistique. Si on regarde quelqu’un qui n’interprète pas une danse on y sera moins attaché. C’est mieux de voir une personne sans technique, mais avec de l’expression artistique qui vit pleinement sa danse qu’un robot avec une technique parfaite, mais qui vit sa danse sans interprétation.

Etre danseur.se professionel.le c’est être toujours à 100%.

De quoi est fait le quotidien d’une danseur.se professionnel.le ?

Un.e danseur.se professionnel.le, c’est quelqu’un qui fait des sacrifices, quelqu’un qui a une hygiène alimentaire, une hygiène de vie. C’est-à-dire qui ne se couche pas tard, qui sait manger sainement obligatoirement afin d’apporter les bons nutriments à notre corps. C’est quelqu’un qui doit savoir apprendre rapidement. Lors d’une audition, il faut pouvoir calquer le plus rapidement possible les pas donnés. Déjà pour être pris le plus rapidement possible et pour attirer l’oeil également. Etre danseur.se professionel.lle c’est aussi apprendre des pas tout en ajoutant sa sauce tout en gardant la trame de base. En tant que danseuse pro étudiante, ma journée commence par des étirements, faire mes gratitudes dès que je me lève. Ensuite, je prends un bon petit déjeuner, puis je pars en cours de classique, Horton et de Graham en option et enfin avoir des répétitions avec la chorégraphe.

Annabelle Rollé Clamagirand – Danseuse professionnelle

La vie de danseur.se induit beaucoup de sacrifices, à quoi ressemble ta vie sociale ?

C’est TRÈS difficile et c’est une question que l’on pose souvent aux danseur.se.s. Quand je suis allée voir la compagnie d’Alvin Ailey danser au New York City Center, à la fin du spectacle, il y avait une séance de questions-réponses et quelqu’un avait posé cette question justement. Les danseur.se.s ont poussé un rire jaune et l’un d’entre elleux a expliqué que cela faisait quatre mois qu’il n’avait pas vu sa femme car iels sont toujours en tournée ou en spectacles. Ce sont donc beaucoup de sacrifices. Si nos ami.e.s nous disent “Vas y on sort ce soir” on ne peut pas se le permettre. D’ailleurs, un jour j’avais extrêmement mal dormi, et ma jambe ne montait pas trop lors d’un exercice. Le professeur est venu me voir en me demandant ce qu’il se passait, car on voit immédiatement le changement. Donc être danseur.se professionel.le c’est être toujours à 100%.

Comment arrives-tu à équilibrer santé mentale et physique avec ton métier qui en demande beaucoup et qui implique une certaine pression ?

C’est difficile dans le processus, mais quand on arrive à la fin, qu’on est dans un spectacle, de voir nos progrès, c’est un vrai plaisir personnel et on oublie toutes les difficultés qui précèdent ce moment. Quand quelqu’un vient vous dire à la fin que votre performance l’a fait pleurer ou qu’une petite fille vient vous dire qu’elle aussi veut être danseuse, c’est réellement un accomplissement. C’est un travail qu’il faut aborder avec de la motivation.

C’est un fantasme que beaucoup ont en étant petit, mais les plus courageux.ses resteront. Si on n’a pas cette motivation personnelle, on n’y arrive pas. Pour être à 100 % et garder cette motivation, je fais souvent de la visualisation de mes objectifs finaux. J’ai des posters pour me les rappeler et m’inspirer.

Sais-tu de quoi est fait ton futur en tant que danseuse ?

Je ne sais pas du tout car je suis quelqu’un qui essaye de vivre dans le moment présent. J’ai une idée d’où je veux aller mais, quant à savoir quand et comment je ne sais pas du tout. Je fais confiance à l’univers. Ça fait peur parce que l’humain en général a peur de l’inconnu, mais on ne peut pas aller à l’encontre de notre destinée.

Quel est ton meilleur souvenir en tant que danseuse ? 

J’en ai plusieurs. Il y a quelques années, je me suis blessée au genou et on m’avait annoncé que je ne pouvais pas continuer la danse. Cela a été un accomplissement pour moi de savoir que j’avais été admise à Alvin Ailey et que je pouvais y aller. 

J’ai également eu la chance de danser et parler avec Ashley Everette qui est l’une des danseuses de Beyoncé. Elle et son mari sont une réelle source de motivation pour moi.

Quels conseils pour les jeunes qui souhaitent devenir danseur.ses pro ?

Si vous y croyez vraiment et que vous avez des gens qui vous accompagnent comme par exemple votre famille, allez-y. C’est dur, mais quand on est passionné et qu’on aime ce qu’on fait c’est possible. Reste motivé.e !

Il faut apprécier chaque chose à sa juste valeur, qu’elle soit petite ou grande.

Quel est ton plus grand rêve en tant que danseuse ?

Je pense que ça serait de rentrer dans une grande compagnie américaine. Je me visualise aux Etats-Unis car c’est là que l’on a le plus d’opportunités et sans se mentir c’est là où on peut être bien payé et aussi avoir la possibilité de voir sa tête sur une affiche, et ça c’est vraiment un rêve !

Peux-tu partager avec nous un endroit, une personne et une citation qui t’inspirent ?

Les deux endroits qui m’inspirent sont déjà premièrement chez moi en Guadeloupe, où je peux recharger mes batteries. Deuxièmement, en tant que danseuse je dirais un studio de danse, car je peux y visualiser mes rêves. La personne qui me motive ce serait ma mère. Pour la citation je dirais : si tu arrives à le visualiser c’est que tu peux y arriver.

Qu’est-ce qui te fait “feel good” toi ?

C’est plein de petites choses. Apprécier chaque chose à sa juste valeur, qu’elle soit petite ou grande. J’adore manger, danser. La nature également me fait me sentir bien donc après en habitant à New York c’est un peu compliqué. Je dirais aussi voir les gens sourire, c’est quelque chose qui comme le rire est communicatif. Ah et il y a aussi les câlins !

Avec le contexte actuel, peux-tu nous expliquer comment le coronavirus a impacté ton activité de danseuse ?

Ben déjà, notre école est fermée jusqu’à nouvel ordre. Notre premier semestre est terminé et nous ne savions pas que nos derniers cours allaient être nos derniers cours du semestre, d’où l’importance de profiter de chaque moment ! C’est assez frustrant, car à part des entraînements personnels nous avons aucune autre solution. On ne sait pas comment l’humanité va sortir de cette événement et comment les choses vont reprendre. Un.e danseur.se vit grâce aux spectacles, aux auditions et là, on ne sait pas quand ce processus pourra reprendre.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter de bon pour les prochains mois qui viennent ?

Déjà la réussite et mon épanouissement sur tous les points.

Léonie Vignocan

Retrouve Annabelle sur sa page Instagram !

Par souci d’inclusivité nous utilisons le pronom iels prenant en compte tous les genres.

  1. Annabelle n est pas seulement belle et talentueuse mais en plus très gentille et modeste et danser avec elle la salsa est toujours un moment particulier d’une grande beauté.

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