Maxime Gautier — Président de l’association Clean My Island « J’aime beaucoup les défis donc plus le projet est imposant plus je suis content.

À 21 ans, Maxime Gautier est le président de l’association Clean my island qui organise des ramassages d’ordures en Guadeloupe. Amoureux de nature, mais surtout de son île, il s’investit afin de conserver la beauté de cet archipel si riche. C’est donc plein d’ambition et de motivation, qu’il se livre dans ce Cacao Talk.

L'équipe Clean My Island lors de sa première édition
L’équipe Clean My Island lors de sa première édition

Peux-tu te présenter en quelques mots ainsi que ton rôle dans l’association clean my island ?

En quelques mots, je m’appelle Maxime Gautier, j’ai 21 ans. Je suis née ici en Guadeloupe et cela va faire bientôt deux ans que j’ai entamé la découverte de mon île dans ces moindres recoins. J’ai découvert des endroits extraordinaires que je partage sur mes réseaux sociaux afin d’encourager les gens à faire de même. Je suis également le président dans l’association Clean my island, que je gère à l’aide d’une petite équipe qui m’accompagne depuis les premiers ramassages.

D’où vient ta connexion aussi profonde avec la nature ?

Depuis tout petit, j’ai toujours été intéressé par tout ce qui est de l’ordre de l’humain. En ce qui concerne la nature et tout ce qu’elle offre cela a commencé il y a deux ans. J’étais parti à Nice pour faire un BTS et je me disais que cela faisait 19 ans que j’étais en Guadeloupe et je pensais en avoir fait le tour. Mais je suis tombé sur photo de deux bassins qui se trouvent au-dessus de la chute du Carbet. Je me suis dit qu’en rentrant durant l’été, j’irais découvrir ce spot. Sachant qu’à cette époque là,  je n’avais aucune expérience dans tout ce qui était trailing, aventure etc.

Avec une équipe de deux amis, nous avons cherché comment s’y rendre et après deux tentatives nous y sommes arrivés. À ce moment-là, je me suis dit que c’était totalement dingue parce que des coins comme ça, que ce soit en Grande Terre ou en Basse-Terre, il doit en avoir énormément non référencés et que très peu de monde connaissent. Nous avons commencé par des petites randonnées et au fur et à mesure nous avons commencé à aller dans des lieux de plus en plus inaccessibles. Depuis, avec tout ce que nous avons découvert, je ne vois pas comment quelqu’un pourrait ne pas être amoureux de la nature en voyant tout cela.

Ça fait du bien de voir à quel point les gens s’investissent

Peux-tu nous en dire plus sur comment ta passion s’est matérialisé en cette association “clean my island” ?

Ça a commencé avec un ami avec lequel nous faisions des randonnées guidées en tant qu’amoureux de la nature. Nous avons voulu lancer un petit système de nettoyage, afin qu’en retour de randonnée, nous puissions ramasser ce que nous voyions, même s’il s’agissait de trois bâtons de sucette. Cela permettait également d’inculquer aux gens ce réflexe, afin que cela devienne un automatisme. L’idée des ramassages est venue après.

Un jour, une dame m’a contacté afin de me prévenir qu’une plage de Capesterre était vraiment en mauvais état du fait qu’elle se trouve sous une ancienne déchetterie. Le courant de l’eau ramène donc tous les déchets sur la rive. J’ai donc organisé une journée de ramassage et nous avons lancé un message sur nos réseaux sociaux. Au final nous étions trois, c’était un gros chantier, nous avons sorti une cinquantaine de sacs-poubelles de 200 litres.

Après cette initiative, je me suis mis à chercher d’autres spots et voir si d’autres personnes m’en signalaient. Maintenant nous en sommes à notre quatorzième édition. Nous étions plus d’une centaine de personnes sachant que ce ramassage a eu lieu lors du premier tour des élections municipales et du début du coronavirus donc cela a réduit le nombre de participant.e.s.

Association Clean My Island lors d'un ramassage d'ordures
L’équipe Clean My Island lors de sa huitième édition

Comment s’organisent les ramasses ? Comment choisis-tu les endroits et contactes-tu les adhérents ?

Du fait que j’ai 21 ans, je fonctionne majoritairement avec les réseaux sociaux dont Facebook et Instagram. Soit je repère une zone ou soit on m’en signale une. J’ai beaucoup appris sur le tas en tout ce qui concerne écologie, tri etc et j’adore ça. J’aime beaucoup les défis donc plus le projet est imposant plus je suis content. Il ne faut pas avoir peur de mettre la main au le feu et j’aime cet aspect. C’est ce qui fait que l’on s’est spécialisé dans les grosses actions. Toutes les actions sont bonnes certes, mais je n’ai pas envie de faire un événement pour remplir trois sacs poubelles. Nos actions peuvent être sur des plages, des bords de falaises, en pleine ville ou encore des chemins de canne. Nous tombons sur des décharges impressionnantes.

Une fois que nous avons déterminé une zone, nous lançons un appel avec un flyer sur les réseaux sociaux. Nous ne donnons pas de point de rendez-vous fixes afin que les gens viennent nous le demander en privé. Cela me permet de faire une approximation du nombre de participants. Après, je fais mes demandes de bennes et de sacs poubelles. Nous essayons de pouvoir offrir des petites choses aux participants, qu’il s’agisse d’un petit-déjeuner, des bouteilles d’eau etc.

J’ai vu des vieux, des jeunes, des blancs, des noirs, des parents avec leurs enfants. J’étais content de voir toute cette solidarité

Cela fait maintenant six mois qu’a démarré cette aventure as-tu un événement marquant à nous raconter ?

Je suis assez fier de la dernière action, car c’est la plus grosse que l’on ait fait jusqu’à maintenant. Nous étions très nombreux et nous avons rempli trois bennes et 250 sacs-poubelles. Tout en sachant que nous n’avons pas pu tout ramasser du fait des annulations à cause des raisons que j’ai dit plus tôt.

Mais sinon, il y a aussi l’avant dernière action, lors du week-end du dimanche gras. Je pensais qu’il n’y aurait pas forcément beaucoup de monde du fait qu’il s’agisse d’un jour assez important culturellement en Guadeloupe. Quand je suis arrivé, j’ai vu 70 personnes alors que le ramassage précédent, dans la commune de Bouillante avait réuni 25 personnes, donc la différence était assez importante. J’ai vu des vieux, des jeunes, des blancs, des noirs, des parents avec leurs enfants. J’étais content de voir toute cette solidarité.

Pour la petite anecdote, lors de mon repérage j’avais vu une carcasse de voiture et je m’étais dit qu’en connaissant l’équipe elle ne restera pas là. Résultat nous l’avons gardée pour la fin et tout le monde s’y est mis pour la traîner et la lever. Tout le monde applaudissait et criait et ça fait du bien de voir à quel point les gens s’investissent. À la fin j’ai même dû dire à certain.e.s de se stopper à 13h. Tout le monde est dans la même dynamique, tout le monde fait son maximum et c’est vraiment cool.

Pourquoi penses-tu qu’il y a autant de jeunes guadeloupéens qui s’identifient à la cause de clean my island ?

Je pense que cela vient du fait que l’équipe elle-même soit jeune et que nous travaillons beaucoup sur les réseaux sociaux.  Si nous travaillions avec la radio ou la télé nous aurions peut-être des personnes plus âgées. La moyenne d’âge de l’équipe est entre 20 et 25 ans donc les personnes qui repostent le flyer également. Nous travaillons aussi avec le comédien Mr. Stan que j’ai rencontré lors du deuxième ramassage. Il est également jeune et il a une certaine notoriété auprès de ce public.

Grâce à Facebook on a réussi à toucher des personnes un peu plus âgées donc ça varie de plus en plus. Sur la dernière action, il y avait des adolescents de 14-15 ans qui avaient demandé à leurs parents de les déposer, des parents avec leurs enfants de 7-8 ans et après des gros groupes d’adultes de 40-50 ans.

L'équipe Clean My Island lors de sa sixième édition
L’équipe Clean My Island lors de sa sixième édition

Tu es jeune et la majorité des adhérents également. Sentez-vous pris au sérieux dans vos actions ?

Oui complètement. Le concept a explosé assez rapidement, donc nous avons su montrer dès le départ que nous étions sérieux. La première fois que j’ai demandé des bennes au président de la communauté d’agglomération de la Grande-Terre, il me les a données sans aucun souci et nous a encouragé à continuer et de ne pas hésiter à le solliciter. Nous avons réussi à montrer que nous étions motivé.e.s et que nous n’étions pas là pour rigoler. Nous en sommes quand même à 14 éditions en l’espace de six mois donc ce n’est pas rien.

Le fait que nous utilisions les réseaux sociaux participe à la dynamique. Tous les gens qui viennent sont cool, de bonne humeur et ouverts et c’est ce qui est sympa. C’est un excellent moyen de se créer un réseau, il y a des gens de tous les domaines qui se retrouvent que ce soit le patron d’une banque, d’une entreprise ou encore la meilleure boulangère de Guadeloupe et cela engendre des échanges super. Il y a toute dimension de partage.

Clean My Island est une organisation à but non-lucratif, comment t’organises-tu du côté financier ?

Pour les bennes, nous contactons les communautés d’agglomération ou les mairies en fonction des zones et en général nous n’avons aucun souci. En ce qui concerne les sacs-poubelles, j’ai des parents d’amis possédant des entreprises qui nous soutiennent et nous donnent des sacs-poubelles de qualité.

Pour les sponsors, SFR m’a contacté, car ils étaient à la recherche de projet à soutenir et ils ont adhéré à notre message. Pour l’instant, nous avons commencé avec des t-shirts, des casquettes ou autres financements. Europcar nous fournit également des camions. Pour l’instant, j’essaye de ne pas à avoir à demander des subventions, car le processus serait très long.

Nous fonctionnons également avec les adhésions des membres. C’est un aspect qui est important sur le long terme. L’un de mes projets est de notamment ouvrir des branches sur d’autres îles, en Martinique, Nouvelle Calédonie etc. à travers un système de représentants. J’ai vraiment envie de diversifier nos activités, mais en étant tout seul pour l’instant je ne peux pas tout faire.

Vous en êtes à 14 opérations avec Clean my island mais il reste encore pas mal de boulot à faire en Guadeloupe. Comment fais-tu pour rester positif et motivé afin de continuer cette mission ?

Toute cette partie gestion de projet m’attire vraiment, donc sur le point de vue personnel l’association m’apporte beaucoup et c’est surtout de super moments de partages et des souvenirs. Mon entourage est aussi très motivant, personne ne baisse les bras, beaucoup de gens me relancent pour savoir quand sera le prochain ramassage. Même là pendant le confinement, on me demande quand sera la prochaine date.

Le fait de voir qu’il y a de plus en plus de monde ça motive aussi sachant qu’on en est encore qu’au début de nos ambitions. Si mon idée n’était que des faire des ramassages en Guadeloupe peut-être que ça m’aurait déjà lassé, mais sachant que depuis le départ, je veux étendre le concept sur d’autres îles et que je n’ai pas atteint tous mes objectifs, je ne peux pas me satisfaire de cela.

L’équipe Clean My Island lors de sa 13e édition

Et si on n’habite pas en Guadeloupe que peuvent faire les gens pour s’impliquer ? Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut participer au changement, mais qui ne sait pas comment il peut faire la différence ?

Moi déjà, je me suis inspiré d’un mouvement lancé par un australien appelé Jackson Groves avec l’Adventure bag crew. Il organise ses ramassages partout dans le monde.
Même si tu ne t’impliques pas directement dans ce mouvement, toutes les actions sont bonnes. Si quand tu promènes ton chien, tu prends un sac poubelle et que tu ramasses les déchets que tu trouves sur ta route ça compte.

Pour notre mouvement clean my island sans être en Guadeloupe, il faut nous soutenir sur les réseaux sociaux et même devenir un membre de l’association avec une adhésion afin que nous ayons de plus en plus d’impact. Beaucoup de gens veulent faire des dons, mais je préfère amplement les adhésions, car ça montre beaucoup plus que l’on tient au projet et qu’on veut le soutenir, selon moi.
Je préfère avoir une adhésion de 15 euros par an renouvelable, qu’un don de je ne sais pas combien d’un seul coup.

Logo de Clean my island

Peux-tu partager avec nous un endroit, une personne et une citation qui m’inspirent ?

Il a tellement d’endroits en Guadeloupe où quand j’y suis je m’y sens comme le roi du monde et ça me donne envie de continuer, d’aller plus loin. Pour la personne je dirais, pour le monde du trail, Kilian Jornet, qui est le meilleur trailer de tous les temps donc ça m’influence pas mal dans mes objectifs et ce que je veux réaliser.

Ma philosophie de vie, je dirais que c’est d’être libre et de pouvoir vivre de mes projets. Beaucoup de gens rêvent, mais ne réalisent pas ces rêves et personnellement, si par malheur demain il m’arrivait quelque chose je serais satisfait de ce que j’ai déjà accompli.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter de bon pour les prochains mois qui viennent ?

J’ai pas mal de projet photo avec Mr. Stan et GGpiks, donc qu’on arrive à les réaliser. Mais aussi qu’on maintienne le cap avec clean my island et que ça grossisse et qu’on affronte les étapes les unes après les autres afin que l’on prenne de l’ampleur

Léonie Vignocan

N’hésite pas à retrouver Maxime sur Instagram et à suivre les actions de Clean My Island sur Instagram et Facebook !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s