Wencillia Querbel, ComicsGirlsNeedBras — Blogueuse lingerie « Je n’ai jamais vu la lingerie comme quelque chose que je portais pour quelqu’un d’autre »

Depuis maintenant 5 ans, Wencillia Querbel aka ComicsGirlsNeedBras aide les femmes à trouver la lingerie “qui pourrait leur permettre de se sentir à l’aise dans leur corps” grâce son blog. Cette semaine dans Cacao Talk elle nous parle de sa passion ainsi que d’inclusivité.

Bonjour Wencillia peux-tu te présenter en quelques mots pour les lecteurs ?

Je m’appelle Wencillia, j’ai 25 ans, je suis originaire de la Martinique et de la Guadeloupe, mais j’habite au Canada depuis bientôt 6 ans. J’ai fait mes études en sciences et biologie moléculaire ici. Je me suis rendue compte pendant mes études que j’avais d’autres passions. En ce moment je me concentre plus sur l’univers de la lingerie dans lequel je travaille de façon semi-professionnelle avec mon blog ComicsGirlsNeedBras.

Depuis 2015, tu tiens ton blog Comics girls bras, comment t’es venue comme tu le dis cette “addiction” en tant que geek de lingerie ?

J’ai commencé à avoir de la poitrine tôt. Vers l’âge de 13 ans, il était déjà compliqué pour moi de trouver des soutiens-gorge à ma taille. J’étais assez menue, mais ma poitrine était beaucoup plus développée et en Guadeloupe, il était compliqué de trouver des choses à ma taille. Au début je détestais la lingerie, j’avais l’impression que c’était juste un cauchemar. Quand j’ai pu partir en France hexagonale faire mes études, j’ai eu plus de possibilités de trouver des choses qui m’allaient et ça m’a aidée à me sentir mieux dans mon corps. 

La France reste encore un pays très conservateur au niveau de cette industrie donc il n’y avait pas nécessairement ma taille dans beaucoup de marques. J’ai donc dû chercher sur internet et je suis tombée sur des blogs de lingeries britanniques. Tout d’un coup, plein de filles étaient comme moi et tout est devenu plus simple. Au fur et à mesure, cela a commencé à véritablement m’intéresser et j’ai fini par devenir passionnée. C’est en partant au Canada que j’ai décidé de vraiment lancer mon blog.

Peux-tu nous expliquer en quoi la lingerie t’a permis d’avoir plus confiance en toi ?

Les gens voient la lingerie comme quelque chose de sexy, qui est faite pour plaire aux hommes, mais de mon point de vue ce n’est pas du tout ça. C’est une nécessité pour moi, ce n’est pas quelque chose dont je pourrais me passer. Lorsque j’ai commencé mon blog, je faisais un double G. Ce n’est pas un bonnet que l’on trouve toujours en France, mais il est quand même suffisamment imposant pour que l’on ait besoin de le maintenir. Étant donné que je ne voyais pas de représentation de femmes comme moi, j’avais l’impression d’être bizarre. Je ne savais pas comment faire pour me sentir comme les autres.

Quand j’ai trouvé des soutiens-gorge qui m’allaient correctement et faits pour moi, ça m’a juste donné l’impression d’être juste une jeune femme normale qui n’a pas besoin de toujours réfléchir à cette partie de son corps. Toujours à devoir y penser ce n’est pas drôle. Selon moi le meilleur soutien-gorge est celui auquel on ne pense pas. On le met, mais pendant la journée, on n’a pas besoin de l’arranger, ni de se demander si nos seins débordent ou autre. La lingerie m’a aidée à ne pas avoir à penser à ma poitrine toute la journée et que lorsque je me déshabille, je puisse me trouver jolie. J’ai réalisé qu’il y avait beaucoup de personnes dans ma situation et cela m’a aidée à m’accepter.

Penses-tu que cette industrie de la lingerie est devenue plus inclusive ces dernières années ? Notamment avec la collection Savage X Fenty mettant en avant des femmes possédant différentes tailles de bonnet et différentes formes ?

Quand Rihanna a lancé sa marque Savage X Fenty, elle a un peu profité du mouvement d’inclusivité qui était déjà en cours. Elle a été maligne et a lancé directement sa marque. Une personne qui n’est pas dans le milieu va se dire que cette marque est extrêmement inclusive, mais moi par exemple, je ne peux pas la porter, car il n’y a pas ma taille. Au final plus visuelle qu’autre chose. Oui, elle utilise des modèles plus rondes ou des personnes de couleurs de peaux différentes ou avec des physiques différents, mais en fin de compte, ça reste quand même des tailles très banales.

Maintenant, je dirais que l’Angleterre ou encore en la Pologne, sont des pays très avancés. Ils possèdent une diversité de tailles et de marques incroyables. Il y en a pour tous les budgets. En France, on reste un peu en retard. Rien qu’en ce qui concerne par exemple les sous-vêtements couleurs nudes pour les personnes non-blanches. Maintenant il y a une marque britannique qui s’appelle Nubian skin qui a créé une superbe collection et ça fait depuis 2012 qu’iels fleurissent. En France, j’ai vu que Primadonna qui est une marque un peu plus luxueuse a essayé de le faire mais cela reste quand même timide. La diversité, le fait de créer des tailles plus larges, de s’adapter aux femmes de couleurs nous n’y sommes pas encore.

J’ai créé mon blog en même tant que la blogueuse grande taille Le salon de frivolité et nous avons créé un groupe Facebook afin qu’une communauté française puisse parler de ça. Je me suis rendue compte que beaucoup de jeunes femmes ne savent pas où trouver de la lingerie et ce n’est surtout pas en France qu’elles vont en trouver. En général, elles vont sur des sites internationaux. Ce n’est pas que c’est impossible à trouver mais plutôt que c’est difficile en fonction de ta morphologie. Il y a des magasins spécialisés en bonnets profonds, c’est juste qu’on ne les retrouve pas à chaque coin de rue. Des fois dans les boutiques françaises du fait que l’on soit différent.e.s, on peut être mal reçu.e.s. J’ai entendu des femmes portant des grandes tailles dire que les vendeuses les traitent avec condescendance en France car elles n’appartiennent pas à la gamme de tailles qu’elles souhaitent vendre. Donc, en France il reste encore pas mal de travail à faire. Mais en Grande-Bretagne et aux USA la situation s’améliore rapidement.

Pourquoi est-il essentiel d’ouvrir la discussion autour de la lingerie ?

C’est important dans le sens où oui nous ne sommes pas tou.te.s obligés d’en porter, mais c’est quand même une base pour celle.eux qui le font. Tu sors de la douche, tu mets une culotte et un soutien-gorge, pour celle.eu.s qui en ont besoin donc cela reste la base. Beaucoup de femmes voient cela comme un luxe, quelque chose que l’on fait pour son partenaire, alors qu’en réalité peut-être qu’elles se sentiraient vraiment bien en ayant quelque chose qui leur va.

J’entends beaucoup de femmes dire que oui, les soutiens-gorge c’est inconfortable, qu’ils ne servent à rien, qu’il s’agit d’une construction du patriarcat. De mon point de vue, je n’ai jamais vu la lingerie comme quelque chose que je portais pour quelqu’un d’autre. J’avais déjà tellement besoin d’y penser, que les autres n’étaient pas ma priorité. Si je pensais aux autres c’était plus aux copines dans les vestiaires et les hommes étaient le cadet de mes soucis.

Pour le rapport avec son corps c’est sur que ce n’est pas obligatoire. Il y a des femmes qui sont vraiment contentes de ne pas en porter alors qu’elles ont une poitrine imposante surtout en période de confinement. Personnellement je n’aime pas ça, je n’aime pas sentir mon corps de cette façon, mais je sais que c’est possible. Un soutien-gorge peut aussi aider à faire une tenue. Donc juste s’initier peut être intéressant. Savoir comment choisir son soutien-gorge, savoir ce que l’on aime et ensuite si on ne veut pas en porter c’est un choix, mais au moins nous avons le contrôle.

En quoi la lingerie peut-être une véritable pièce de mode autant qu’un haut ou encore des chaussures ?

Maintenant, la lingerie devient un véritable accessoire. Tout le monde a l’air de penser que la lingerie est quelque chose de superficiel, mais il s’agit d’une catégorie de la mode qui est extrêmement spécifique. La lingerie demande des qualifications que tout le monde ne possède pas. On n’utilise pas n’importe quel tissu, souvent il s’agit de tissus qui coûtent vraiment cher et que l’on ne pourrait pas mettre dans le prêt-à-porter normal. Les broderies coûtent aussi cher et si on peut les mettre dans la lingerie c’est parce que ça reste relativement petit.

En tant que blogueuse et consommatrice, la lingerie m’aide à m’exprimer. Je sais que quand je pars au travail, je ne peux pas toujours mettre quelque chose d’extravagant, mais je sais qu’en dessous avec ma lingerie, je peux me lâcher. Il m’arrive aussi de jouer avec ça et de porter des vêtements où l’on peut apercevoir la broderie car parfois on a des soutiens-gorge tellement élaborés que pourquoi pas les montrer ? Maintenant, les designers se rendent compte que rendre les soutiens-gorge plus versatiles et leur donner cette esthétique qui se mélange à nos vêtements est un argument de vente supplémentaire. Les soutiens-gorge ne sont plus des choses que tu mets juste sous tes vêtements, tu peux créer un véritable style.

Chaque année, la ligne entre le vêtement et le sous-vêtement devient de plus en plus mince et les gens se sentent beaucoup plus à l’aise. Je pense que cela va avec tout ce mouvement où les gens veulent enfin être eux-même. Que l’on aime la lingerie ou pas on peut de plus en plus s’exprimer et je pense que la lingerie suit le mouvement.Tous les ans, je vais à New-York et à Paris pour les salons internationaux de la lingerie et quand on voit les tendances, on voit qu’elles suivent les tendances du prêt-à-porter. Donc la lingerie reste de la mode même si les gens ne s’en rendent pas forcément compte.

Peux-tu nous expliquer à quoi fait référence ton nom de blogueuse ?

Quand j’ai créé mon blog, j’étais très interessée par tout l’univers des bandes dessinées, que ce soit les superhéros, Marvel, DC etc. J’étais surtout intéressée par les femmes de ces univers. Je me suis rendue compte que les dessinateurs, qui sont majoritairement des hommes, les dessinent souvent avec des très grosses poitrines, mais jamais avec des soutiens-gorge. Un jour j’ai vu une bande dessinée de Catwoman avec assez ironiquement de la lingerie partout dans sa chambre alors qu’elle n’en portait jamais. Du coup c’est comme ça que m’est venu le nom de mon blog.

Comment t’organises-tu pour la publication de tes articles, tes collaborations avec les marques ?

Avant, les marques avaient tendance à me contacter et ensuite on discutait. Si la marque correspond à mon éthique de travail et que je considère que je peux représenter et conseiller leurs produits et du budget de la marque. Il y a beaucoup de marques indépendantes avec parfois une seule personne à sa tête, donc qui n’a pas forcément le budget. Si la marque me plait, on peut juste collaborer sans nécessairement impliquer de l’argent. Ce sera dans une démarche de soutenir une marque dont le produit et l’éthique me parlent et qui pourtant n’a pas encore les moyens d’investir dans de la publicité en tant que telle. Cependant, lorsqu’il s’agit d’une marque avec un projet qui me demande un certain investissement, on va commencer à parler business, car je ne peux pas tout faire.

Mais c’est vrai, qu’au début de mon blog l’argent ne comptait pas. Je refusais même d’être rémunérée quand on me le proposait. J’avais peur que mon public pense que je suis biaisée. Alors qu’en réalité, lorsque tu as un public qui te suit depuis des années et que tu installes un climat de confiance, c’est vraiment cette confiance qui devient prioritaire.J’ai donc pris du temps à inclure le côté financier dans mon blog. Maintenant je pense que ça vaut le coup, car mes projets sont plus ambitieux, je travaille avec des photographes. J’aimerais bien, un jour, pouvoir rémunérer tous les gens de mon équipe.

J’essaye de faire comprendre aux marques que mon travail a de la valeur. Parfois si on n’est pas un.e influenceur.se avec 25 000 ou 30 000 abonnés on pense qu’on est “petit”. Mais lorsqu’on a une petite communauté qui écoute vraiment, c’est ce qui rapporte beaucoup aux marques. La publicité se fait sur les réseaux sociaux désormais. Ça leurs rapporte énormément de travailler avec des influenceur.se.s de mon genre. Je trouve ça dommage que beaucoup de marques refusent encore de nous payer alors qu’en général elles nous demandent des photoshoots dignes de Vogue et ça gratuitement !

Quels sont les critères lorsque tu choisis de travailler avec une marque ?

Il faut absolument que je me retrouve dans l’éthique de la marque. Parfois je me fais contacter par des marques qui font des vêtements à la chaîne, pas forcément de bonne qualité et qui paient mal leurs employé.e.s. Je ne me sens pas de représenter ce type de marques. Malheureusement, il y en a plein et elles ont des grosses équipes afin de recruter des influenceur.se.s. En réalité je n’achète pas les produits de ces marques, donc je ne vois pas pourquoi je ferais semblant de le faire et de porter leurs créations.

Quand j’ai créé mon blog j’ai découvert beaucoup de choses sur l’éthique de la mode notamment toute l’exploitation qu’elle impliquait. J’ai commencé à me rapprocher de beaucoup de designers indépendants qui m’ont parlé des difficultés de gagner sa vie, même dans un pays comme le Canada. Les gens ont l’habitude de voir des prix bas, mais ils ne réalisent pas que moins tu payes, moins les personnes participant à la chaîne de production sont payées.

J’essaye de travailler avec des designers qui ont une éthique de travail correcte. Il faut qu’ils aient un contrôle sur ce qu’il se passe dans leurs usines, qu’ils traitent bien leurs employé.e.s et qu’ils produisent des pièces de qualité. J’aime bien discuter avec les personnes derrière les marques afin de mieux comprendre leurs états d’esprit, le but de leurs marques.

Quelle est la pièce de lingerie essentielle ?

C’est difficile à dire. Selon moi, ce qui est essentiel est un soutien-gorge qui est confortable et qui passe bien sous tous les vêtements. Des ensembles que l’on peut porter avec n’importe quoi sans avoir de marques, sans avoir à sentir les armatures tout en se sentant belle. Et oui cela existe ! 

As-tu le projet de créer ta propre marque et tes propres designs ?

Oui c’est sûr ! Je ne voudrais pas d’une marque juste de lingerie mais plus d’une marque de vêtements dans l’univers de la lingerie. Dans le sens, où ce que qui m’attire dans la lingerie, c’est vraiment les matières et la façon dont on peut en faire ce que l’on veut. Donc il s’agirait d’une marque qui mélange l’univers de la lingerie et de la mode. Cependant, on ne va pas se le cacher, créer sa marque de lingerie est très compliqué. Il y a beaucoup de marques qui ne tiennent pas cinq ans. Pour un design, il faut 36 tailles voire plus et vu que je porte personnellement un bonnet G je ne vais pas m’arrêter au bonnet D. Je pense qu’il faut être stratégique à ce niveau-là, si je veux que mon entreprise fonctionne. C’est pour cela que je veux proposer quelque chose de plus versatile, des choses pouvant être mises comme du prêt-à-porter, mais tout en gardant les attributs de la lingerie, comme les belles matières et les belles broderies.

 Penses-tu que ces soucis de créations sont la raison du manque d’inclusivité dans le milieu ?

Quelque part oui. Chaque paire de seins est différente. Plus les seins sont gros, plus il sera difficile de créer un patron qui va s’adapter correctement à toutes les personnes faisant cette taille. Tout en sachant que les formes de seins diffèrent. S’aventurer dans cette création est très difficile. C’est pour cela que je ne vais pas forcément blâmer les marques. Une marque ne peut pas faire tout pour tout le monde. C’est bien parfois de se concentrer sur son public. Il vaut mieux faire un bon travail que pour un certain type de personnes plutôt que de s’éparpiller et au final que personne ne soit content.

Peux-tu partager avec nous un endroit, une personne et une citation qui t’inspirent ?

Pour l’endroit même si ça peut paraître un peu cliché je dirais la Guadeloupe. À chaque fois que j’y vais, je suis tellement plus productive. C’est un univers qui me parle, c’est chez moi tout simplement. Je me sens toujours plus libre de créer là-bas.

J’ai l’impression que je n’arrête jamais de rencontrer des personnes inspirantes. Bon je dirais ma mère, même si je la connais depuis toujours. Elle est vraiment capable d’évoluer et nous grandissons ensemble. Elle m’apprend beaucoup de choses et je ne serais pas là si elle ne m’avait pas autant soutenue. Sinon je dirais Cora Harrington qui est l’une des blogueuses lingerie la plus influente du milieu. Elle m’a beaucoup soutenue. C’est une personne intègre, qui fait ce qu’elle dit. Quand j’ai créé mon blog j’étais contente de l’avoir comme personne qui me ressemble dans cette industrie. Son blog est extrêmement instructif, c’est une plateforme solide. Je l’admire parce qu’elle fait ce que j’aimerais vraiment faire. Elle a écrit pour Forbes, Teen Vogue donc c’est impressionnant.

Pour la citation je dirais “La discipline c’est choisir entre ce que tu veux maintenant et ce que tu veux vraiment”. C’est quelque chose que je garde en tête. C’est tellement facile de laisser nos émotions nous déconcentrer.

Qu’est-ce qui te fait “feel good” toi ?

Je dirais la musique, la lingerie et les pâtisseries. Je sais que ce sont les trois choses qui fonctionnent à tous les coups.
La musique m’a énormément aidée lorsque j’ai déménagé au Canada. Avec la musique on peut se connecter avec d’autres personnes, se retrouver. La pâtisserie parce que ma mère m’y a initié donc c’est vrai que pour cela, la France me manque

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter de bon pour la suite de ta carrière ?

Je pense que ce dont j’ai besoin en ce moment c’est vraiment d’avoir confiance en moi. J’ai tendance à m’auto-saboter, donc il faudrait vraiment que je me fasse confiance et que je fonce ! 

Léonie Vignocan

Retrouve Wencillia Querbel sur son blog Comicsgirlsneedbras et également sur sa page Instagram !

Par souci d’inclusivité nous utilisons le pronom iels prenant en compte tous les genres.

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